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Maxime Delcourt
Haute Stratégie & Littérature

Défaillances d'entreprises en France : les chiffres 2019-2026

En 2025, 69 967 entreprises ont vu un tribunal ouvrir une procédure collective à leur encontre en France. C'est le chiffre le plus élevé des huit dernières années, et plus du double du creux de 2021.

69 967entreprises défaillantes en 2025
+116 %depuis le creux de 2021
241 935repreneurs suivis depuis 2019
5 ×le risque d'un repreneur face à une création

Combien d'entreprises défaillent chaque année

Une entreprise est comptée ici lorsqu'un tribunal ouvre à son encontre une procédure collective : sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire. Chaque entreprise n'est comptée qu'une fois par année.

AnnéeEntreprises défaillantesÉvolution
201953 378—
202037 079−31 %
202132 326−13 %
202243 126+33 %
202357 938+34 %
202467 969+17 %
202569 967+3 %
2026 (au 13 octobre)52 316en cours

2026 est une année partielle : les neuf premiers mois et demi. Au rythme constaté, l'année pleine se situerait légèrement sous 2025.

Le creux de 2020-2021 n'était pas une embellie

Les deux années les plus basses de la série sont 2020 et 2021. Ce ne sont pas deux bonnes années pour les entreprises françaises : ce sont les deux années où les aides publiques, les reports de charges et la retenue des créanciers ont suspendu l'arrivée des dossiers devant les tribunaux.

Ce qui suit est la remise en marche. Entre 2021 et 2025, le nombre d'entreprises défaillantes a plus que doublé : 32 326 puis 69 967. Le niveau de 2025 dépasse celui de 2019, dernière année avant la pandémie, de 31 %.

Ce qu'il faut en retenir si vous dirigez une PME. Le point de comparaison n'est pas 2021, qui était une année artificielle. C'est 2019. Et nous sommes nettement au-dessus.

Les repreneurs défaillent cinq fois plus que les créateurs

Voilà ce qu'on ne lit nulle part. Nous avons suivi, un par un, 241 935 repreneurs — toute personne ou société ayant racheté une entreprise ou un fonds de commerce entre 2019 et 2025 — et regardé ce qui leur est arrivé ensuite.

Pour comparer des années entre elles, une seule mesure est honnête : la part de ceux qui passent devant le tribunal dans les 24 mois qui suivent leur achat. En regard, les entreprises créées la même année, mesurées exactement de la même façon.

Année d'achatRepreneursProcédure sous 24 moisCréations la même annéeÉcart
201931 3861,8 %0,50 %3,6 ×
202036 7621,6 %0,37 %4,3 ×
202130 6522,7 %0,43 %6,3 ×
202233 6173,1 %0,53 %5,8 ×
202331 7023,6 %0,69 %5,2 ×
202443 9343,7 %——

Deux choses dans ce tableau. D'abord, le risque du repreneur a plus que doublé entre 2020 et 2023. Ensuite, l'écart avec la création d'entreprise ne se referme jamais : année après année, racheter expose environ cinq fois plus que créer.

Ce résultat heurte l'intuition. On rachète une affaire qui tourne, avec des clients, du chiffre et une équipe ; on crée à partir de rien. Mais on rachète aussi un prix à rembourser, un fonds de commerce parfois vendu précisément parce qu'il s'essouffle, et un emprunt dont l'échéance tombe avant que le nouveau dirigeant ait compris le métier.

Le secteur racheté change tout

Sur les repreneurs de 2019 à 2023, la part de ceux qui ont connu une procédure collective depuis leur achat, par activité rachetée :

Activité rachetéeRepreneursProcédure depuis l'achatPrix médian
Boulangerie, pâtisserie7 53719,4 %145 000 €
Alimentation, épicerie8 39516,5 %80 000 €
Restauration35 48314,6 %100 000 €
Commerce de détail5 42913,8 %67 000 €
Coiffure, esthétique6 86913,5 %45 000 €
Bâtiment, travaux3 91210,4 %75 000 €
Services aux entreprises3 8329,9 %85 000 €
Transport, taxi5 4368,6 %110 000 €
Garage, automobile2 4358,5 %105 000 €
Bar, tabac, café6 4368,4 %190 000 €
Hôtel, hébergement1 5854,2 %250 000 €
Santé, pharmacie4 0482,7 %820 000 €

D'un bout à l'autre du classement, un rapport de 7. Reprendre une boulangerie et reprendre une officine ne sont pas le même métier, et ne sont pas le même risque.

Payer peu coûte cher

La colonne des prix du tableau précédent n'est pas un hasard. Classés par montant payé, les repreneurs de 2019 à 2023 :

Prix payéRepreneursProcédure depuis l'achat
moins de 30 000 €18 22213,2 %
30 000 – 60 000 €22 79214,8 %
60 000 – 100 000 €20 34414,4 %
100 000 – 200 000 €27 84612,7 %
200 000 – 500 000 €24 6869,5 %
plus de 500 000 €11 0855,1 %

Sous 100 000 €, près de trois fois plus de procédures qu'au-dessus de 500 000 €. Le prix bas n'est pas une bonne affaire : c'est le plus souvent le prix d'une affaire fragile, et il laisse au repreneur une marge d'erreur qui n'existe pas.

Comment lire ces chiffres

Une entreprise qui s'arrête sans passer devant le tribunal n'apparaît pas. Un commerçant qui ferme, solde ses dettes et rend les clés ne produit aucun jugement. Ces taux mesurent donc la probabilité de finir devant un tribunal, pas celle d'échouer. Le nombre réel d'arrêts est plus élevé.

Le prix n'est publié que pour 76 % des ventes, l'activité pour 77 %. Les tableaux par secteur et par prix ne portent que sur la part renseignée.

Les années récentes ne se comparent pas aux anciennes sans précaution. Un repreneur de 2025 n'a pas encore eu le temps de défaillir. C'est pourquoi la comparaison entre années se fait ici sur une fenêtre fixe de 24 mois, et pas autrement.

Cherchez une reprise précise Par département, ville, activité, année et prix — avec, pour chaque repreneur, ce qu'il est devenu. Ouvrir l'outil de recherche

Si vous préparez une reprise, la page Reprise d'entreprise rassemble la méthode. Si vous dirigez une entreprise déjà engagée dans une procédure, ou sur le point de l'être, c'est un autre métier : voir Management de transition.

Sur le terrain, ces situations se traitent avec un dirigeant de passage : direction générale de transition, direction financière, achats — et ce que coûte une mission.

Sources : annonces légales publiées au BODACC par la Direction de l'information légale et administrative (DILA), données ouvertes, Licence Ouverte 2.0. Traitement et calculs : Maxime Delcourt. 1 237 991 annonces de procédures collectives et 241 935 repreneurs analysés. Situation au 13 octobre 2026.

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